Quand j'ai commencé à écrire des articles pour ce blog, je savais d'avance que je m'exposais aux critiques acerbes des personnes bien pensantes.
En effet, dans ce métier, on nous apprend dès les premiers jours de cours à être le moins possible dans le jugement, et à respecter autant qu'il est humainement possible la diversité des personnes que nous serons ammené(e)s à soigner.
Et j'ai pourtant choisi de décrire mon quotidien d'étudiante infirmière en "disant" tout haut ce que beaucoup pensent tout bas... Cela, tout simplement pour prouver que même si je me destine à un métier de soignante, je suis capable d'avoir des pensées et des opinions décalées de ce qu'on exige habituellement de nous.
OUI, je parle de trisomie, de maladie de parkinson avec humour, je l'assume et j'aborderai certainement d'autres maladies dans le cadre de mes articles!
NON, je ne suis pas toujours politiquement correcte, et ça fait un bien fou, et je ne suis pas seule au monde.
Je sais tenir ma place quand il le faut, tout cela n'est que du second degré.
Alors que ceux qui sautent au plafond quand ils lisent "schizo" réfrènent leurs envies de mordre. La tolérance ne s'applique pas qu'aux patients.
Et puis d'abord, j'écris ce que je veux, na.
"Etudiante infirmière", c'est trop long, ils devraient changer en "larbin", ça ne fait que 6 lettres et au moins, ça veut dire ce que ça veut dire.
Non, parce que, comme ça, "étudiante infirmière" on pourait croire qu'elle n'est là que pour apprendre, profiter de l'experience des autres, s'enrichir heure après heure, stage après stage; pour en tirer le maximum et devenir une bonne professionnelle...
Mais comme, en France, on aime la diversité, y'a plein de gentilles madames (gentils monsieurs?) qui résument en "larbin", ce qui a au moins le mérite d'être honnète.
J'entend d'ici les gens bien pensants s'exclamer: "ouh là, la vilaine, c'est pas bien qu'est ce qu'elle dit! ESI, c'est le plus beau métier du monde, et d'abord, chez nous, on les traite super bien: pain au chocolat le matin, pleurs et petits cadeaux de départ à la fin du stage!"
Bon, mais revenons à la réalité: pourquoi donc que les services remplis de personnes agées prennent tout plein d'élèves de première année au mois d'août?? Parce qu'ils manquent de personnel. Un point c'est tout.
Une élève peut faire 4-5 toilettes dans la matinée, ne coûte pas un rond et n'a pas le droit de se plaindre. C'est tout bénéf.
Corvéable à merci, c'est du bénévolat, qu'elles font, ni plus ni moins. Et dans ce cas, l'encadrement, on peut se le fourrer dans le panier parce que le personnel étant débordé, il en a rien à prouter qu'on soit là pour apprendre.
Et c'est qu'en plus, si vous tombez sur une équipe moyen sympa, on va vous reprocher votre lenteur ou même votre manque de motivation!!
Pour le commun des mortels (vous y compris), pour connaitre quelque chose, il faut l'avoir vu, lu, entendu, bref: appris.
Ah, ah, bande de naïfs, ça ne compte pas pour un étudiant infirmier!!
Pour certain(e)s IDE, un étudiant n'est rien d'autre qu'un dictionnaire de soins infirmiers à lui tout seul.
"Comment, c'est ton deuxième jour de stage et tu ne connais pas par coeur les moindres détails du fonctionnement du service / les noms, prénoms et dates de naissance de chacun des 25 patients? / les traitements et effets secondaires des maladies orphelines les plus rares?"
Pour ces IDE là, rien n'est pardonné. Vous ne savez pas poser de sonde urinaire parce que vous n'avez jamais eu l'occasion de le faire? Ce n'est pas une excuse.
Si on est étudiant, c'est bien parce qu'on connait tout du métier, non? On est bien là parce qu'on n'a rien à découvrir?
Imaginez: vous êtes dans une administration quelconque et vous vous retrouvez devant un guichet, face à une bonne femme revêche dont vous avez malheureusement besoin pour, par exemple, mettre en place un dossier.
Cette femme ne vous dit pas bonjour, s'adresse à vous comme à une employée de maison (qu'elle ne traite pas bien et qu'elle ne respecte evidemment pas) et n'écoute pas ce que vous dites. Par dessus le marché elle vous traite comme une demeurée.
Imaginez que vous ne puissiez vous plaindre de son attitude à personne.
Imaginez maintenant qu'une règle implicite mais connue de tous vous oblige à la tutoyer et à vous faire tutoyer en retour!
Impossible dans ce cas là de marquer la moindre distance par un vouvoiement poli mais glacial.
Vous êtes condamnée à lui parler comme si c'était votre copine, votre cousine, votre "camarade de classe".
Et c'est ce qui se passe en stage. Il faut tutoyer toute l'équipe. D'ailleurs, si vous ne le faites pas, vous passerez pour une extra-terrestre et vous n'avez déja pas besoin de ça!
Eh bien je vous jure que parfois, c'est dur. Parfois, ça me démange la bouche parce que j'ai vraiment du mal à dire "tu" à ces gens là.
Et je suis condamnée à le faire pour le restant de ma carrière.
Durant un stage, je m'occupais d'une vieille dame atteinte d'une maladie neurologique qui ne fait qu'ouvrir les yeux et ne parle pratiquement pas (parfois, répond aux questions pas un petit oui). Impossible de savoir si elle nous comprend, sait où elle est et qui nous sommes.
Et un jour, pendant que je rebordais ses draps après un soin, en faisant la causette (il y a toujours une chance que son esprit soit là, n'est ce pas?), elle m'interromp en me demandant d'une petite voix frêle: "comment vous appellez vous?"
Le choc! Je lui répond, elle répète mon nom. Puis elle me demande si j'ai des enfants et la petite conversation continue. J'avais l'impression d'être dans une autre dimension.
Je lui dit "ça fait plaisir de vous entendre parler!", et elle me répond: "ah oui, je suis bien aujourd'hui, c'est pas toujours comme ça".
Et elle commence à me couvrir de louanges, de "merci pour tout" etc.
J'étais clouée au sol, les larmes aux yeux. C'était le dernier soin du dernier jour de mon stage, et l'idée de ne pas continuer à m'occuper d'elle, moi qui étais témoin du "miracle" m'est devenue très difficile.
C'est pour des petits moments comme ça que j'accepte de subir chaque jour qui passe ce que vit un(e) étudiant(e) infirmier(e).
Dans vos plus mauvaises passes et même lorsque vous lisez mes coups de gueule, pensez à cette vieille dame que vous avez sûrement rencontré, vous tiendrez bon.
Aller, ça suffit, rangez vos mouchoirs, la séquence émotion est finie.
He oui, je suis en plein stage et je suis fatiguée de jouer les faux cul.
Comprenez moi, on peut difficilement y échapper: on a une note de stage!!
Donc on s'expose à toutes les critiques, tous les jugements et les faux pas sont interdits.
Donc, on ne dit pas à la personne avec qui on se retrouve ("noooon, pas elle!) qu'on en a rien, strictement rien à pêter de son fils prodigue, de la poterie qu'elle fait à la maison ou de son coiffeur. On est obligé d'écouter les monologues en ayant l'air interessé(e) et d'accord (!!!) et on ose même poser des questions.
En fait, tout ce qu'on voudrait, c'est une relation purement professionnelle.
Pas être confident, pas être psy, pas être conseillère en beauté, juqte être celle qui est là pour apprendre et qui ne fait que ça.
Mais la pression est là, toujours, à chaque minute et je suis faux cul. Je serre les dents, je décompresse une fois à la maison mais je ne suis rien qu'une sale hypocrite qui n'a pas d'autre choix si elle veut survivre dans ce monde de commères et de frustrées.
Au s'cours, sortez moi de là!!
Lues ici
"bonsoir madame je viens parce que je crois que j'ai perdu le bouchon du cul" (le bouchon muqueux)
une dame aussi qui apelle pour aller sur "le toboggan" (le montauban)
gynéco: une dame qui dit dans ses antécédents :" on m'a mis un stérilisateur " (un stérilet)
"Dites? pendant l'opération, on va m'entuber?"
"Non monsieur j'ai pas eu de gazs, mais c'est normal j'ai jamais de gazs parceque j'ai un trop gros anus"
N'hésitez pas à visiter le site, dans "boulettes", il y en a de belles, y compris dont les étudiants infirmiers sont les auteurs!!!

